24 octobre 2005
2 JUILLET
Il est assez difficile de savoir dans un avion où finit la nuit et où commence le jour, mais je pense que vu que nous sommes en train de survoler le Japon, on peut considérer que nous sommes le 2 juillet.
A midi 35 précise, je regarde l'avion atterrir par la "eye bird camera" placée sur le cockpit qui retransmet les images sur le petit écran de l'appuie tête. Je souhaite un bon séjour à mes deux voisins et sors de l'avion l'estomac en vrac et les jambes en coton direction : service immigration.
En voyant la file d'attente qu'il y a et surtout la vitesse à laquelle ça avance j'ai presque envie de pleurer. J'ai un mal de ventre impossible à supporter, une envie de vomir qui ne veut pas passer et je n'ai jamais été aussi fatiguée de toute ma vie. Je crois que j'aurais vraiment du éviter le repas japonais de l'avion: moi qui voulais me mettre dans l'ambiance, je crois que c'est un peu raté.
Pour m'occuper et penser un peu à autre chose, je remplie les papiers d'immigration en faisant la queue. Comme je ne comprends pas grand chose, je copie tant bien que mal sur mes voisins: "bon la première ligne ça doit être son nom, là ça doit être sa date de naissance...".
Trois quart d'heure plus tard, je pars chercher mes valises. Je cherche partout le tapis roulant du vol en provenance de Charles de Gaulle mais impossible de le trouver. Je demande donc à un japonais responsable de la sécurité qui me répond que le service est fini mais que les valises restantes sont situées devant le tapis numéro 3. Chargée comme une bourrique, je me dirige vers la sortie. Avec mes deux grosses valises et mes deux sacs à main je ne passe pas vraiment inaperçue et je suis une bonne cible pour les douaniers. Je me fais arrêté comme je l'avais prédi et le policier décide de fouiller toute ma valise de fond en comble (enfin fouiller... il n'a même pas remarqué les deux bouteilles de vins cachées dans mes santiagues...). Après cette fouille heureusement totalement inutile, je finis enfin par sortir de cet aéroport. Je dois essayer de repérer une japonaise accompagnée d'une petite fille d'environ 5 ans. Hum...pas facile tout ça...
En faisant une ou deux fois le tour je réussis à les trouver. La maman, Chika, me saute au cou (effort sur-humain pour une japonaise...) et la petite, Chiku, à l'air d'être un peu timide mais très mignonne.
Nous nous rendons au métro et Chika me demande si j'ai fait un bon voyage. Je lui réponds que je n'ai absolument pas dormi mais que je suis ravie d'être ici donc tout va bien. Elle est surprise que mon japonais soit aussi bon (un point de réconfort).
Nous continuons de parler un peu pendant que le train arrive et elle m'explique que il y a environ une heure de trajet en train jusqu'à sa maison, donc je pourrais dormir dans le train. Dormir dans le train?! Dormir alors qu'il y a tellement de choses à découvrir?!
Le train est rempli de japonais, de publicités et de petites kogaru qui rentrent de l'école. Sans parler du paysage incroyable que l'on aperçoit à travers les fenêtres. Absolument pas celui que j'imaginais: des plaines vertes avec des petites maisons traditionnelles japonaises et des temples perdus au milieu de nulle part. Il faut dire aussi que l'aéroport est à plus d'une heure du centre de Tokyo donc c'est normal qu'il n'y ai pas encore de grands immeubles. Je suis exténuée mais je n'arrive pas à m'endormir ou même fermer les yeux comme font les autres japonais. je dévore tout du regard.
Nous arrivons donc à AOTO, la station de métro où ma famille d'accueil habite. Peu à peu ma fatigue commence à disparaître. J'ai l'impression d'être une petite fille dans un magasin de jouets ou de bonbons: mes yeux sont grands écarquillés et je m'émerveille de tout.
Je suis assez surprise de voir qu'ici pas de grands building ni d'enseignes lumineuses: les maisons dépassent rarement deux étages et les rues sont étroites et pleines de gens à vélo. C'est un ancien quartier pauvre de Tokyo, vestige de la vielle ville où autrefois vivaient les paysans. Ce sont les quartiers les plus jolis de la capitale japonaise.
La rue qui mène à ma maison ressemble à une rue piétonne bordée de petits magasins de nourriture japonaise, de vendeur ambulants de yakitori, de magasins de bento et d'autre petites échopes ou les vendeurs attirent les clients sur le pas de leur porte en montrant les dernières promotions. C'est assez animé et traditionnel à la fois.
Nous arrivons donc à la maison où je vais loger pendant un mois. C'est une jolie petite batissed'un étage et de style occidental, orné d'un portail en fer forgé . En entrant Chika et Chiku prononce en coeur la phrase traditionnelle "Tadaima!" (qui signifie "je suis rentré!") et nous enlevons nos chaussures avant de poser le pied sur le tatami de la maison. Chika me fait visiter et me montre ma chambre.
C'est une petite chambre avec une grande fenêtre, meublée d'une table et un placard. Nous installons ensemble mon futon sur lequel je vais dormir. Elle me propose d'aller dormir pendant une heure avant de dîner imaginant ma fatigue du voyage. Je reste donc environ une heure dans ma nouvelle petite chambre puis je descend pour l'aider à préparer le dîner. Chiku me demande ensuite de venir jouer avec elle donc nous partons dans sa "salle de jeux" qui est une pièce de la maison entièrement consacrée à ses jouets.
Nous regardons ensuite "la belle et la bête" en japonais. Elle connaît toutes les chansons du film par coeur. Elle chante en japonais et moi en français ce qui fait une cacophonie absolument incroyable et ça nous fait rire comme des petites folles.
La maison est très drôle d'intérieur car c'est un vrai mélange de nouvelles technologies et de tradition. Cela fait un effet assez bizarre mais je trouve cela plutôt joli. Il y a des tatamis au sol et des écrans plasma au murs, des tables occidentales hautes mais des bains japonais d'antan et je dors dans un futon mais avec des draps Yves Saint Laurent !!
Je vais voir Chika pour lui demander si elle a besoin d'aide. Elle me dit que tout va bien et que je vais bientôt faire la connaissance de Keiji (le papa) car il ne devrait pas tarder. Nous commençons donc à dîner sans lui car il ne se décide pas à arriver. Le dîner est très bon et je commence doucement à retrouver l'appétit.
Pendant le dîner nous parlons de ce que je veux faire au Japon. Je ne connais pas encore très bien Chika mais ça à vraiment l'air d'être une femme très gentille et surtout très attentionnée. Je lui parle de mon projet sur la mode à Tokyo. Quand je lui dis que je connais les kogaru, yamamba et ganguro elle explose de rire. Elle est très surprise qu'en France on parle aussi de "ces étranges créatures" que sont les yamamba. Je lui dis qu'en France elles ne sont pas connues mais que je les ai vues sur plusieurs sites internet ainsi que dans des magazines japonais, et que j'ai décidé d'en faire mon projet pour les faire découvrir aux français.
Elle demande à voir mon dossier de candidature alors nous passons une demi heure à continuer de parler en le feuilletant. Après le dîner nous faisons ensemble la vaisselle en continuant de parler. Elle me pose plein de questions sur ma famille, mes amis, ma vie à Paris ...
Nous n'avons aucun problème de communication: je comprends aisément tout ce qu'elle me dit et j'arrive à peu près à faire des phrases construites qui tiennent la route.
Elle en profite pour m'expliquer le club de l'Hippo dont elle fait partie. Ce club à pour but de faire apprendre des langues étrangères aux petits comme aux grands par simple assimilation intuitive: en écoutant des cassettes de dialogues, des chansons et en faisant des jeux et des conversations. Elle a prévue de m'y emmener vendredi prochain pour me présenter aux membres du groupe.
Vers 10 heures et demi, deux filles viennent sonner à la porte. Chika me présente Chizuko et Eri. Chizuko à passé un an en France grâce au club hippo et à leur système d'échanges. Elle parle assez bien français et on passe toute la soirée à rigoler ensemble car elle me chante des chansons de Claude François. Elle me fais la chorégraphie complète de "ça s'en va et ça revient" en chantant. Puis on se pique un fou rire car elle me demande si je connais le film "chouchou" et dès que je lui di oui on se met à hurler en même temps " J'adOOOre les sushis !!!". Chika et Eri explosent de rire également car elle ne comprennent strictement rien de notre échange donc nous nous retrouvons à rigoler toutes les quatre pendant deux ou trois minutes pour n'importe quoi. Je leur montre à elles aussi mon projet qu'elles trouvent très intéressant. J'apprends que Eri est la fille de Chikako, qui est la cousine de Mika, la personne en France qui m'a permi de prendre contact avec Chika et Keiji, grâce à qui je vais être logée pendant tout mon séjour ici.
Nous continuons de prendre le thé en discutant de tout, de rien. Je ne suis plus du tout fatiguée et pourtant je dois avoir un paquet d'heures de sommeil à ratrapper...
Elles s'en vont et mine de rien, je n'ai pas vue l'heure passé mais il est déja 11 heure et demi , et Keiji n'est toujours pas rentré. A ce propo, Chika me dit qu'il rentrera sûrement très tard et qu'il vaut mieux que j'aille me coucher car je le verrai de toute façon demain matin. Je lui souhaite donc une bonne nuit et monte rejoindre mon petit futon. Je calcule, juste par curiosité, le nombre d'heures depuis lequel je n'ai pas dormi et j'en suis à un total de 31 heures... pas mal...
Il est temps que je sombre dans ce sommeil bien mérité...
