24 décembre 2005
23 JUILLET
Réveillée a 11 heures par la petite Chiku, je vais aider Chika à préparer les yaki-soba. Je joue un peu avec la petite et quitte la maison vers 13 heures en direction d'HARAJUKU.
Comme chaque, week-end, c'est le rendez-vous des styles délirants et du street fashion. En plus aujourd'hui c'est un peu nuageux donc la chaleur n'est pas étouffante comme les autres jours. Chika me dit que le fait qu'il fasse un peu frais aujourd'hui, il y aura selon elle beaucoup plus de monde.
J'arrive à la station d'HARAJUKU et je suis super déçue car il n'y a pas un chat sur la place devant le Yoyogi-koen. Je me dirige donc vers la takeshita-dori que je descends et remonte 3 ou 4 fois pour prendre (en cachette et à travers la foule) des photos des magasins.
Une fois que j'ai fait le plein de photos, je vais à Laforêt et là : surprise. Pire qu'au 109 : je crois que c'est les soldes.
Les soldes à Tokyo je pense qu'il faut au moins les faire une fois dans sa vie. Les vendeuses sur des podiums dansent et brandissent des pancartes multicolores affichant les réductions et hurlent dans des porte-voix en sautant et en tapant des pieds pour inciter la foule à venir acheter dans leur magasins. Il y a un monde fou et un bruit d'enfer avec de la musique à fond. Au bout de trente seconde j'en ai mal a la tête tellement ça grouille de partout et que le bruit est insupportable.
J'essaie de filmer cette monstrueuse cacophonie mais avec le monde qu'il y a ce n'est pas évident. C'est à qui fera le plus de bruit ou le plus long "irrashaimaseeeeeeeeee" ! ! !
Je n'ai qu'une envie c'est de sortir car je n'en peux plus, je suis fatiguée et tout ça est difficilement supportable. je suis vraiment lessivée et je pense que je vais vite rentrer.
Je monte quand même au dernier étage histoire de voir si là-haut aussi il y a du bruit. La réponse est oui...
Je me pose dans un petit coin à l'abri des vendeuses qui crient, en compagnie de milliards de magazines de mode japonaise, quand tout à coup, le sol se met à vibrer. Je n'ai même pas le temps de me relever pour voir ce qu'il se passe que le sol se met à bouger de gauche à droite (et pas qu'un peu !)
Les vendeuses s'arrêtent de crier pendant les 4 secondes que dure la secousse puis gros silence, ... et reprennent les "irrashaimaseeee DOZOOOO" ! ! !
Ça y est, c'est fini. Je viens de vivre mon premier tremblement de terre.
Je n'ai même pas eu le temps de réaliser ni d'avoir peur.
Je sors du magasin et tout va bien: les immeubles sont à la même place, les voitures roulent et les gens sont pendus à leur portable. Comme si rien ne s'était passé.
Je décide de rentrer car je suis tellement fatigué que j'ai même du mal à me traîner jusqu'à la gare (il n'est que quatre heures et demi mais bon, il faut voir les journée que je me fais et les heures auxquelles je me couche aussi... )
J'arrive à la HARAJUKU station et c'est là où je réalise que ce n'était pas qu'une petite secousse de rien du tout : la yamanote ligne est hors service, les machines qui vendent les ticket idem, et les machines pour les composter également. Aucun moyen d'accéder aux quais ni même d'aller quelque part dans la station à cause du monde qui bouche toutes les allées. Il y a des gens partout qui attendent que cela se rétablisse.
J'essaie de comprendre ce que dit le message d'information qu'ils sont en train de diffuser mais qui ne m'apprends pas grand chose: "yamanote ligne hors service... bla-bla-bla ... veuillez patientez.... bla-bla-bla" quelque chose dans le genre (comme il ne parlent qu'en japonais et à toute vitesse j'ai du mal à tout saisir).
Une gentille japonaise m'explique qu'ils doivent sûrement être en train de vérifier les rails pour voir si le gros tremblement de terre n'a rien affecté. Le GROS ? Alors là elle me regarde avec des yeux tout ronds: "vous n'avez pas senti?", "si si, mais c'était un gros tremblement de terre?", "de force 6 aux dernières nouvelles..." ( à oui quand même...).
Comme tout les étrangers me voient parler japonais avec la dame, ils se ruent sur moi pour que je leur traduise en anglais ce qu'il se passe : "The yamanote ligne is stopped because of the earthquake. I think they are checking the rails to see if there's no problem" ( Ho my god ! Après trois semaines de japonais intensif j'ai du mal à me remettre à l'anglais !)
Une australienne typée asiatique me demande en anglais si c'est loin SHINJUKU à pied. Je lui réponds que je l'ai déjà fait de SHIBUYA et que c'est assez long, mais que d'ici en passant par le parc yoyogi on en a pour environ une heure. La pauvre semble complètement perdue. Elle m'explique que c'est son premier jour ici et BAM : "earthquake". En gros elle est super contente...
En plus elle me dit que son avion a eu du retard donc résultat il ne lui reste plus que 5 jours à passer ici au lieu de 6. Comme elle me fait de la peine et que si ça continue elle va repartir avec une mauvaise image de Tokyo alors qu'elle passe à coté d'une ville fantastique, je lui propose de l'accompagner jusqu'à SHINJUKU. Alors là, elle me saute au cou (de toute façon ça ne sert à rien d'attendre ici...)
On parle toutes les deux pendant la petite heure de marche ce qui me permet de récupérer mon anglais enfoui au fond de mon cerveau. Je ne sais absolument pas comment je me débrouille, mais je sors à la bonne sortie du parc (qui est IMMENSE !) et puis je prends la bonne direction et la bonne rue ce qui fait que je la conduit direct en face de son hôtel et tout ça en moins d'une heure !
Elle est trop "happy" et elle me dit de monter dans sa chambre pour me reposer de cette longue marche. J'accepte avec grand plaisir.
L'hôtel... un palace. Je me sens trop mal à l'aise avec mes babouches à paillettes et mon treillis. J'ai vraiment l'air d'une touriste mais après tout à coté d'elle c'est rien: à peine arrivée dans le hall de l'hôtel,elle enlève ses chaussures (je ne vous raconte pas la tête des japonais d'à coté...)
Nous prenons l'ascenseur et je la vois appuyer sur le 20ème étage. Wahou ! au 20ème ! Elle doit avoir une vue sublime de là-haut !
Je ne m'étais pas trompée: je prends des photos dans tous les sens. Sa chambre se trouve pile en face de la mairie de Tokyo et elle a la vue sur tout SHINJUKU.
Elle me propose pour me remercier de m'inviter à dîner à ROPPONGI. Je lui réponds que ma host family doit être very inquiète for me à cause du earthquake donc je go back home. Elle est super déçue et me donne sa carte pour qu'elle puisse m'inviter une autre fois. Elle me raccompagne jusqu'en bas (toujours pieds nus) et me remercie 15 fois de ce que j'ai fait pour elle.
Je me rends à la station de SHINJUKU et là... un monde fou. Mais vraiment c'est de la folie.
Il est 18 heures quand j'entre dans la gare. Une demie heure après je suis encore en train de faire la queue pour acheter un ticket. Après une autre demie heure je pète un câble et sors de la gare pour me calmer et prendre l'air car c'est insupportable tout ce monde.
Je décide alors de refaire une tentative mais cette fois, je me retrouve à faire la queue pour entrer dans la gare. Je n'ai jamais vu ça.
La gare de SHINJUKU est énorme et il y a presque une dizaine de lignes qui passent par là, et il y a tellement de monde que cela ne bouge même plus.
Les gens ne peuvent plus entrer ni sortir (heureusement que je suis pas claustrophobe...). Je suis emportée par la foule qui ne me dirige absolument pas où je souhaite. Au bout d'un quart d'heure je réussis à me rediriger vers la queue pour les machines. Au bout de je ne sais même plus combien de temps je réussi à obtenir LE ticket.
J'essaie d'accéder au compostage, mais là, même chose: un monde fou.
Impossible d'y accéder. Je réussi quand même à passer de l'autre coté des barrières et me dirige vers les quais. Il fallait s'en douter: les quais sont bourrés à craquer. Il y a la queue jusqu'en haut de escaliers.
Il va me falloir des heures et des heures pour rentrer.
J'essaie d'appeler Keiji sur son portable depuis les téléphone publics de la gare qui marchent une fois sur 12, et je refais la queue encore 20 minutes pour pouvoir obtenir un téléphone. Comme une bonne petite touriste, je me fais avaler ma pièce de 10 yens sans avoir eu ma communication. Contente.
En plus comme j'ai envie de faire pipi je cherche les toilettes et là je craque: il y a au moins 30 personnes qui font la queue pour les toilettes. IL Y A MÊME LA QUEUE POUR ALLER PISSER ! ! ! IL Y A TROP DE MONDE DANS CETTE VILLE ! ! !
J'en peux plus, je craque, c'en est trop, j'en ai marre.
J'ai envie de me mettre à pleurer tellement je suis crevée et que j'ai envie de rentrer et de retrouver Chika qui va me faire couler un bon bain.
Quelle idée aussi de faire 1 heure de marche dans le parc pour raccompagner une pauvre petite touriste que je ne connais même pas. Résultat: à 16 heures j'avais déjà envie de dormir, maintenant à 19 heures je sens que je vais tomber dans les vapes.
Je m'assois dans un coin comme pas mal de gens pour réfléchir à la situation. Puis au bout de 10 minutes de repos je me dis que cela ne sert à rien de rester assise ici, autant aller m'asseoir comme une clocharde dans la queue pour le train. Et c'est ce que je fais.
Je pense qu'il faut le vivre pour le croire: les petits japonais si gentils, si polis, si respectueux, n'ont plus aucune pitié lorsqu'il s'agit des transports. Les gens se marchent dessus, se poussent à l'intérieur des wagons et s'entassent tous les uns sur les autres...
C'est lamentable. Cela me fait de la peine pour les pauvre petites mamies qui se font bousculer. Je n'ai pas envie de pousser les gens comme une malade mais il y a des grosses brutes derrière qui m'expédie limite à coup de pieds dans le train.
Résultat je me retrouve pendant tout le chemin le nez collé contre le dessous de bras d'un mec qui d'ailleurs, soit dit en passant, ne met pas trop ses mains au bon endroit... bon je lui pardonne car nous sommes vraiment collés les uns sur les autres et on ne choisit pas notre position.
Comme il y a un changement que je dois faire, je réussis tant bien que de mal à descendre du train et refaire la queue en haut des Escalators pour le changement. Je n'ai jamais autant attendu de ma vie.
Il y a 4 trains qui passent avant que je puisse monter dans un où il reste encore un millimètre carré d'espace libre. Même trajet aussi inconfortable et au moment de descendre à mon arrêt, je craque une nouvelle fois: les gens ne me laissent pas passer. J'essaie de sortir mais personne ne bouge. Les gens qui sont dehors essaient de monter alors que moi je ne suis pas encore descendue.
Je hurle à travers la foule "orimasu ! orimasu !" pour les avertir que je descends, mais je me fais marcher dessus par les gens qui montent dans le train. Mes babouches ne tiennent pas le coup et elles sont restées loin derrière moi. Je me mets à hurler en français "NOOON ! PUTAIN MES CHAUSSURES ! ! !" et les gens me regardent comme si j'étais totalement tarée.
J'essaie de m'expliquer en criant "kutsu !" (chaussures) car j'ai trop la flemme de faire une phrase correcte.
Je réussis à récupérer le cadavre de mes chaussures, déchirées et piétinées par tout le monde puis rentre a la maison.
Il est 21H30.
Trois heures et demi d'attente pour rentrer à la maison.
Je m'effondre sur le canapé en essayant d'expliquer à Keiji et Chika se qui m'est arrivée, mais je suis tellement K.O. que je ne trouve plus mes mots.
Vive Tokyo et ses tremblements de terre.
